La France de tous les possibles, la rupture tranquille et le retour du volontarisme politique, tels étaient les grands thèmes de campagne du candidat Sarkozy avant son élection. Après 7 mois de
présidence menés tambour battant, que faut-il retenir des prémices du sarkozysme? Quelles en sont les caractéristiques ? Quels en sont les risques ?
Le premier fait marquant de la politique sous le règne sarkozyste, c’est le changement radical de style : il y a une rupture réelle dans la manière de faire de la politique. A l’exact opposé
de ses prédécesseurs, le chef de l’Etat est désormais partie prenante dans les affaires du pays. Ainsi, il se rend pleinement responsable du vote des français à son égard. En concentrant l’action
gouvernementale, il lui donne son unité, sa cohérence et sa force. En cela, il rend toute sa grandeur à la fonction présidentielle dont les contours avaient été progressivement élimés par des
prédécesseurs par trop en retrait.
Cependant, la pratique sarkozyste de la Vème république – souvent qualifiée « d’hyperprésidence » - entraîne une dilution inévitable du Gouvernement et plus encore du Premier Ministre,
relégué au rang de simple « collaborateur ». Si certains dénoncent un découpage sur mesure et autocratique de la Constitution, cette conception de la politique a la faveur des français.
Il est « remarquable » de constater à ce titre à quel point elle marque l’inconscient collectif : le « Gouvernement Sarkozy » en est un lapsus révélateur!
Aux yeux des français, le fonctionnement du pouvoir exécutif gagne ainsi en clarté et en efficacité. Pourquoi s’embarrasser en effet de conventions politiques alambiquées quand il s’agit
d’obtenir des résultats ? Qu’est-ce que la politique? Est-ce le strict respect de procédures qui entravent la mise en œuvre de solutions concrètes ou la visée de l’efficacité par delà les
moyens ?
Il résulte toutefois de cette pratique une réelle interrogation en matière de conformité avec l’esprit de la Vème République : faut-il réviser la Constitution ou l’exercice sarkozyste du pouvoir
doit-il faire jurisprudence ?
Le second fait marquant, c’est la relation décomplexée que le Président de la République entretient avec l’argent. Nuit au Fouquet’s, vacances en yacht, villa pharaonique aux Etats-Unis,
augmentation de son propre « pouvoir d’achat »,… autant d’éléments qui le placent en chef de file de la droite « bling-bling », avide d’espèces sonnantes et trébuchantes.
Dans un pays emprunt de marxisme et de catholicisme, qui souffre d’une schizophrénie permanente dans son rapport à l’argent, certains ont dû voir rouge... Personne n’avait osé arborer aussi
ostensiblement un tel goût pour le luxe et les paillettes. On était davantage habitué à une hypocrisie du monde politique dans sa totalité qui faisait fi d’abhorrer la richesse au profit d’une
vie faussement modeste voire frugale.
Pour les français eux-mêmes, l’argent demeure encore et toujours un sujet tabou, mais pour combien de temps encore ? « L’argent honni », tel que le décrivait François Mitterrand
est présumé coupable de tous les malheurs. S’enrichir est suspect, frauduleux, criminel. Le riche est un salaud, un voleur, un assassin. Pire, un « capitaliste ». Heureusement, la
« guillotine fiscale » est là pour couper symboliquement les têtes qui dépassent…
A travers sa crainte de l’argent, la France souffre en fait de la frénésie égalitariste impulsée par la gauche. Cette gauche qui souhaite la société du nivellement par le bas, celle qui n’accepte
pas que l’on puisse gagner plus, que l’on puisse s’enrichir, que l’on puisse réussir. Celle qui fustige également toute sélection, toute distinction, toute inégalité.
Que faut-il donc voir dans l’étalage prétendument ostentatoire du Président de la République ? Un manque de pudeur et une vulgarité sans bornes ? Une provocation à l’égard des plus
pauvres des français ? Une exhortation à rompre avec ce moralisme gauchisant qui a fait de l’argent un mal en soi? Une incitation à s’enrichir ? Un exemple à suivre ? Quoi qu’il en
soit, ces réactions sont le symptôme d’un malaise français et les révélateurs d’un complexe égalitariste encore mal résolu.
En outre, ce n’est pas tant le goût de Nicolas Sarkozy pour l’argent que ses relations avec les hommes d’affaires qui lui offrent de tels cadeaux qui posent problème. Il faut en effet prévenir de
tout risque de copinage et de collusion d’intérêts qui nuiraient gravement au fonctionnement concurrentiel de l’économie française.
Sur le fond de sa politique, Nicolas Sarkozy a choisi de mener les réformes au pas de charge. Il a engagé simultanément la réforme des régimes spéciaux, celle des universités, la modernisation de
l’Etat, le grenelle de l’environnement et le combat pour le pouvoir d’achat. Le rythme effréné des réformes ne sacrifie en rien le dialogue social mais impose aux partenaires sociaux une
obligation de résultat : la consultation syndicale n’est donc plus un prétexte à l’immobilisme. La discussion ne peut plus justifier la non réforme. Il faut agir, trouver des solutions,
avoir des résultats.
La méthode secoue les conservatismes, mais fait ses preuves. C’est ainsi que la page de la réforme des régimes spéciaux, qui a mis à vif les français et le pouvoir exécutif a pu être tournée.
L’incandescente réforme des universités - dite loi LRU – ne s’est pas embrasée grâce à la fermeté sereine du Gouvernement. Malgré leurs protestations, les réfractaires ne parviendront pas non
plus à enrayer le processus de réduction du poids de l’Etat, nécessaire à la survie de la France.
Ce que met en évidence la méthode sarkozyste de réforme, c’est la fin d’un monde. Elle marque le chant du cygne des anciennes représentations corporatistes, fait voler en éclat les vieilles lunes
d’après guerre et met fin à la légitimité des minorités de blocage destructrices.
Mais le Président doit rester sur ses gardes. En premier lieu, il doit veiller à conserver l’assentiment général de la population sur les réformes qu’il mène. Quand bien même celles-ci sont
impopulaires ou dérangeantes pour l’ordre établi dans une logique de pensée unique, il doit convaincre de leur justesse et de leur nécessité. En second lieu, il doit manier avec plus d’équité
encore « la carotte et le bâton » : rendre indissociables les droits et les devoirs, rompre avec la logique de l’assistanat, distribuer mais exiger sans cesse des
contreparties. En somme, il doit toujours concilier « Thatcher » et « Blair ». A ce titre, l’évolution du pouvoir d’achat constituera l’indicateur de réussite ou non
de la politique sarkozyste.
Ainsi, la présidence de Nicolas Sarkozy marque l’avènement d’une ère politique nouvelle.
Elle consacre la restauration de la fonction présidentielle et érige le pragmatisme comme son seul principe. La politique redevient ainsi l’instrument du refus de la fatalité au nom d’un
volontarisme à toute épreuve.
Par sa lutte acharnée contre la pensée unique, par sa détermination à rompre avec les conservatismes, par son mépris des dogmes présumés « intouchables » de la gauche moraliste et
bienséante, il met un terme à l’infériorité morale de la droite : la gauche n’a définitivement pas le monopole du cœur !
Emmanuel Gay
Emmanuel Gay
