En ces premiers jours de campagne pour les élections législatives, le Président de la République et le Premier Ministre nouent contact avec l’ensemble des confédérations syndicales.
Il s’agit de préparer le terrain pour les importantes réformes sociales et économiques promises par M. Sarkozy. On sent bien que les syndicats, qui n’ont jamais caché leur hostilité au programme de l’UMP, sont mal à l’aise. En effet, l’impressionnante mobilisation électorale pour un programme explicite lors des élections présidentielles, empêche les leaders syndicaux de s’en prendre violemment aux ambitions du président.
Après avoir exprimé ses incertitudes sur la « méthode Sarkozy », dans un entretien au journal le Monde du 24 mai, M. Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière, a déclaré ce matin être rassuré : « qu'il n'y a pas de volonté de remise en cause du droit de grève chez M. Sarkozy ». Au passage on notera les insinuations récurrentes et insidieuses de M. Mailly à l’encontre de M. Sarkozy, fortement suspecté de vouloir supprimer les libertés individuelles. Certes, dans cette campagne électorale, il a beaucoup été question de Grenelle de l’Environnement, mais à notre connaissance, il n’a jamais été fait état d’un Tian An Men du social.
Au travers de ces propos sibyllins, il faut bien sûr comprendre que la négociation sera rude pour le gouvernement et qu’au moindre relâchement de l’opinion, des grèves ne manqueront d’éclater. Toutefois, Monsieur Sarkozy dispose bel et bien d’une occasion rêvée pour en finir définitivement avec les thuriféraires du conservatisme économique et sociale. En tenant ses promesses, le Président peut en finir avec des syndicats dont la trajectoire ressemble étrangement à celle du Parti Communiste. Les syndicats sont actuellement dans une situation de faiblesse comme ils ne l’ont jamais été depuis plus d’un siècle.
Les syndicats traversent une crise de la représentation. La France possède le taux de syndicalisation le plus faible du monde occidental. Selon l’OCDE, ce taux est de 7 % actuellement, et si l’on ne s’attache qu’au secteur marchand, le taux est encore plus bas (3,5 %). On pourrait toutefois opposer à cela que l’ensemble des partis politiques totalisent environ 1 millions d’adhérents (2,4 % du corps électoral) et que la démocratie ne se porte pas plus mal. Néanmoins, personne ne peut nier la véritable crise de la représentation salariale : les élections prud’hommales de 2002 ont connu des taux d’abstention record de 67,3 % (contre 34 % en 1979) alors que seulement 14 % des électeurs ne se sont pas rendus aux urnes le 6 mai 2007. Pourquoi donc en France le défilé du 1 mai peine à réunir 250 000 personnes chaque année ? Ou sont passés les ouvriers, les travailleurs, les prolétaires aliénés? Autres preuves de cette désaffection profonde pour les grandes centrales syndicales : les organisations alternatives telles que L'Union syndicale Groupe des Dix Solidaires (51 sièges aux élections de 2002) se renforcent régulièrement depuis 1992. En effet, les syndicats ne représentent plus les salariés et ces derniers ne se reconnaissent plus dans les revendications syndicales.
Les syndicats vivent une véritable ambivalence identitaire qui n’est plus tenable dans le contexte actuel. Premièrement, le syndicalisme français est d’origine révolutionnaire par opposition aux syndicats réformistes du nord de l’Europe. En se rapprochant des idées communistes, les syndicats français ont embrassé le destin des idées de Marx et Engels : triomphantes dans les années 50, moribondes dans les années 2000. Deuxièmement, la proximité des syndicats avec les partis politiques et leur paradoxal refus de prendre part au jeu politique, divisent les syndicats français et diluent leurs revendications. De ce clair-obscur sont nées des divisions profondes entre les syndicats français pourtant peu évidentes aux yeux de 99 % des français. Quelle différence de fond entre une CGT proche du PC, une FO (créée en 1948 grâce au 850 000 $ de la CIA), une CFDT proche du PS et l’UNSA / SUD affidés de la mouvance trotskiste. Les divergences de point de vue doivent être tout aussi importantes que celles des Bovés, Besancenot, Laguillier, Buffet, Schivardi, Mamère et consort pour que les syndicats français apparaissent aussi divisés. En fait, les français en ont assez de ces petites luttes intestines qui débouchent sur des conflits sociaux dont le seul et unique but, pour un syndicat, est de montrer de plus gros muscles que son voisin. En voulant faire de la politique sans en faire, les syndicats ont écoeuré les travailleurs qui ne demandaient qu’une chose : qu’on les protège et qu’on les défende. C’est la démarche des syndicats anglais et allemand qui créèrent respectivement le Labour (1906) et le Parti Social Démocrate (1875). In fine, c’est encore Monsieur Sarkozy qui a raison :
« Monsieur Thibault n’avait qu’à se présenter à l’élection présidentielle ».
Enfin, le syndicalisme connaît une véritable crise institutionnelle. Au nom du refus de la compromission avec le patronat, le syndicalisme français a refusé toute implication dans la gestion de l’entreprise. La posture de la contestation semble la plus facile. Ainsi, les syndicats allemands, grâce au Personalvorstand, pèsent pour 1/3 des voix du conseil de surveillance de n’importe qu’elle Aktien Gesellschaft, influant grandement sur les décisions de gestion de l’entreprise. Ensuite, au sein des instances paritaires, le dialogue syndical a prouvé son inefficacité depuis une quarantaine d’année : le déficit de l’assurance maladie est abyssal (12 Md€ en 2004). Même si la faute ne repose pas sur les seules CGT, FO, SUD, CFDT, il n’est plus tabou de poser la question : les syndicats dans leur forme actuelle ont-ils encore leur place dans nos institutions ?
Les réformes de Monsieur Sarkozy peuvent donc être l’occasion d’une grande réforme des instances syndicales. Il en va de l’intérêt de l’Etat et du patronat d’avoir un syndicat fort et représentatif. En retrouvant une véritable assise et légitimité, les syndicats pourront à nouveau être une force de progrès et de dynamisme. C’est même une nécessité : ranger les chiffons rouges et se mettre au travail. Voila ce qui attend les syndicats français.
Guido.
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